Le vent se lève.

Je ne suis pas allée au cinéma pour perfectionner mon CV. C’est un premier pas vers les statuts Facebook dans lequel je vanterais ma vie si parfaite. Peut-être pas, car je n’ai pas la capacité de raconter les choses positives avec fluidité et assumer être narcissique. Chose que je ne suis pas, d’ailleurs. J’ai préféré me griller et transpirer avec mes nouvelles pellicules, parler de la chimie des couleurs et leurs importances, avec V. qui doit être le seul à comprendre sans exercer. C’est un beau directeur photo, oui, je le regarde sous un air amusé. C’est vrai, je pourrais arracher sa chemise, lui lécher la sueur qui coule sur ses tempes et lui souffler très fort dans la nuque. Je pourrais faire tout ça, c’est un fait, car c’est une belle personne. Quelque chose a changé ces dernières semaines, j’ai trouvé : le vent a changé.

Le vent se tourne.

Parce que je prends des décisions sur mon avenir qui ne se cache pas derrière des “on verra plus tard”, “je ne sais pas encore”, “j’y réfléchi”. Il est terminé le temps où on s’enfilait des masques pour faire genre qu’on est captivé, alors qu’on s’en fout. Ce qui est compliqué dans le concret, c’est la cadence. J’apprends en faisant des petites erreurs de parcours. J’ai pris le bus à 3 heures du matin dans un quartier peu gracieux où un con aurait pu me tomber dessus. J’y ai pas pensé, pardon, désolé, je voulais pas te réveiller et avoir l’air d’une gamine qui a besoin qu’on s’occupe d’elle. Mon ventre se tort quand le bus ramasse ces ivrognes qui regardent mes jambes lisses et ma bouche trop alléchante. Ouvrir la fenêtre pour laisser le vent me rougir les joues, s’installer au siège du centre pour regarder les lumières de la ville défiler, c’était ma façon d’anticiper et d’être autonome, le danger. La prochaine fois, je t’écrirais que je suis sur ma banquette arrière, le compteur à 3,87$ au départ et que j’arrive. Près de toi.

Il y a une tempête de changements, parce que je ne voudrais pas que tu cesses de dire je t’aime et que je suis belle. Alors j’dépasse tout.

Esti que j’t’ame toé.

On se croit en automne tellement que le vent est frais, en plein mois d’août. L’été a prit ses valises pour se barrer comme Robin Williams et Lauren Bacall. 4 semaines que je m’installe dans ma nouvelle maison ou plutôt refuge pour passer 56 heures à écrire des conneries devant mon écran et bouffer de la crème glacé en pyjama. Mon article sur la féminité n’avance pas, parce que je me sens amoureuse et stupide. Mes mots sur la violence conjugale particulière s’est arrêté, car j’ai pleuré trop souvent au lit et sur mon clavier. Pis j’parle toujours trop de soft sex et de garçons qui n’existent plus dans ma vie. Mais j’apprends à ré-apprivoiser mon moyen format, Zelda, pour recommencer à photographier et hurler avec des images. Si l’été 2014 m’a apprit quelque chose : surpasser la peur et ses sentiments illusions pour réussir les projets. Fuck it.

Un orage en prévision dans le ciel. J’irai m’acheter un imperméable et des bottes de pluie pour sauter et courir sans avoir une pneumonie. Les boîtes se remplissent progressivement, je regarde ces murs blanc et je me souviens la dernière fois où tu m’as violemment caressé avec un zeste de brutalité. Un frisson passe, parce que je plaque tout pour changer ça. Plus de tasse sentimentale brisée, plus de café-sang-chocolatchaud sur les recoins de porte, plus de marques à cacher. J’grandis sans toi.